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Ligue Communiste des Travailleurs

Section belge de la Ligue Internationale des Travailleurs -
Quatrième Internationale (LIT-QI)

« L'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes. » K. Marx

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16 août 2014

NON aux frappes aériennes étasuniennes sur l'Irak !

L'offensive militaire de l'Etat islamique (EI, anciennement appelé l'Etat islamique d'Irak et du Levant) avance, à partir des territoires actuellement sous son contrôle en Syrie, vers le nord-ouest de l'Irak et en route vers Bagdad. Et, deux mois après le début de cette offensive, le président étasunien, Barack Obama, a pris la décision de mener « des frappes aériennes limitées » contre les positions de l'EI, afin de « protéger les intérêts étasuniens » et de « prévenir un génocide » de dizaines de milliers de chrétiens et de membres de la communauté yézidi. Depuis la semaine dernière, ceux-ci sont assiégés dans le Mont Sinjar, où ils avaient cherché refuge, face aux menaces de l'EI.
   Depuis le début de juin, l'EI s'est emparé d'un tiers du territoire irakien, sans compter les passages frontaliers avec la Syrie et la Jordanie. Ces derniers jours, leurs milices avaient pris le barrage de Mossoul, une ville contrôlée par l'EI, ce qui est d'énorme valeur stratégique, car ce barrage assure l'approvisionnement en eau et en énergie de cette ville et de Bagdad, les deux villes les plus importantes du pays.
   Après la déroute de l'armée irakienne, l'armée du Kurdistan irakien, connu sous le nom de Peshmergas, est devenue le principal opposant à l'EI. Cependant, les Kurdes étaient en grave difficulté à cause de la supériorité militaire soudaine de l'EI, qui a mis la main sur de l'artillerie lourde et des véhicules blindés d'origine américaine dans sa « guerre éclair ». C'est ainsi que les « djihadistes » se sont approchés de plus en plus d'Erbil, la capitale des Kurdes irakiens.
   Dans ce contexte, au moment d'écrire ces lignes, l'armée de l'air des Etats-Unis a bombardé plusieurs fois l'artillerie et les positions de l'EI autour Erbil, « près des endroits où se trouve du personnel étasunien », en utilisant des avions de combat F/A-8 et des drones. Les Etats-Unis ont également attaqué les soldats de l'EI qui assiégeaient les yézidis au pied du Mont Sinjar.
   La LIT-QII rejette catégoriquement cette agression militaire étasunienne contre la souveraineté de l'Irak et appelle toutes les organisations sociales et de gauche à s’y opposer avec des mobilisations et une vaste campagne anti-impérialiste.
   Il est vrai que les milices d'EI commettent des atrocités contre les minorités ethniques et religieuses en Syrie et en Irak. Dans le cas des yézidis, par exemple, on dénonce que l'EI a tué environ 500 personnes après la prise de la ville, brûlant et enterrant vivants des dizaines d'entre eux. Ils ont également enlevé quelque 300 femmes pour les vendre comme esclaves.
   Mais ces crimes inhumains ne sont pas le véritable motif de l'intervention étasunienne. Les objectifs de Washington ne sont pas « humanitaires », comme le proclame cyniquement la maison Blanche après avoir tué plus d'un million d'Irakiens au cours de la dernière décennie, un crime que la presse internationale ignore tout simplement.
   Les Etats-Unis reprennent une agression militaire après avoir été vaincus en Irak. La structure politico-militaire qui a été montée par l'impérialisme pour maintenir son contrôle sur le pays, après le retrait des troupes d'occupation, montre une crise profonde. En même temps, l'impérialisme est obligé de protéger les champs pétroliers du Kurdistan irakien, sachant que le gouvernement semi-autonome de ce dernier maintient d'excellentes relations avec les multinationales pétrolières étasuniennes, depuis l'époque de Saddam Hussein.
   Nous sommes donc confrontés à une nouvelle agression armée, avec des objectifs de pillage, qui menace la souveraineté de l'Irak et qui doit être condamnée par tous les militants démocratiques ou anti-impérialistes, ainsi que, évidemment, par tous les combattants révolutionnaires dans le monde.

Les difficultés de l'impérialisme

En raison de la défaite militaire infligée aux Etats-Unis en Irak et en Afghanistan par la résistance armée héroïque de ces peuples – une défaite qui a coûté la mort de plus de six mille soldats, des dizaines de milliers de blessés et environ 4 500 milliards de dollars – un « syndrome Irak » s'est installé dans la société américaine. La dénomination fait référence à une situation similaire, le « syndrome vietnamien », après à la fuite étasunienne de ce pays. Il s'agit d'un rejet de nouvelles et coûteuses aventures militaires, un rejet très progressiste, par la majorité de la population des Etats-Unis et d'autres pays alliés, comme la Grande-Bretagne et la France.
   La défaite du projet guerrier dénommé « un nouveau siècle américain », que George W. Bush a tenté de mettre en œuvre au début de la dernière décennie, est l'héritage principal reçu par Obama, qui est arrivé au pouvoir précisément avec la promesse de mettre fin aux guerres impopulaires entamées par son prédécesseur et de mettre en œuvre une politique étrangère fondée principalement sur « la diplomatie ».
   Le « syndrome de l'Irak » est une énorme contrainte politique, imposée à la puissance militaire mondialement dominante par la résistance des peuples irakien et afghan, ainsi que par le mouvement de masses dans le monde, avec des mobilisations contre ces guerres de centaines de milliers de personnes. Dans la pratique, cela signifie qu'actuellement, l'impérialisme américain ne peut plus envahir des pays avec ses troupes comme il le faisait auparavant, sans provoquer ainsi une grave crise, interne et avec ses alliés traditionnels.
   C'est le fait principal qui explique « l'hésitation » en « politique étrangère » – au Moyen-Orient (en particulier en Syrie), en Ukraine, dans la bande de Gaza et maintenant de nouveau en Irak –, dont les « faucons » républicains accusent Obama.
   Ces contraintes politiques de l'impérialisme, quand il s'agit d'utiliser pleinement sa puissance militaire inégalée, se sont manifestées très clairement, par exemple, lors de la dernière « menace » de bombardements en Syrie, en septembre 2013, une menace qui s'est terminée par un retour en arrière d'Obama, faute de soutien politique nécessaire, et qui a fait scandale. Avant, cela avait été le cas en Libye, où les Etats-Unis devaient se limiter à des frappes aériennes, sans pouvoir débarquer des troupes sur le terrain.
   C'est aussi ce qui se passe en Irak, du moins jusqu'à présent. Depuis le début de l'avancée de l'EI dans ce pays, Obama a toujours exclu l'envoi de troupes au sol, qui s'en étaient retirées en 2011.
   L'impérialisme affirme que les frappes aériennes actuelles dans le nord-est de l'Irak sont « limitées » et « ponctuelles ». C'est Obama en personne qui le dit : « Je suis conscient de combien [d'Etasuniens] sont préoccupés par les actions militaires en Irak, y compris des attaques comme celles qui ont lieu actuellement. » Et il a promis : « En tant que commandant en chef, je ne permettrai pas que les Etats-Unis se voient entraînés dans une autre guerre en Irak. [...] Les troupes de combat étasuniennes ne retourneront pas combattre en Irak, car il n'y a pas de solution militaire étasunienne à cette crise. » Cela peut toutefois varier selon la dynamique de la situation.
   Tout d'abord, on peut dire que les frappes aériennes « limitées » sont encadrées dans ce qui continue à être la principale tactique étasunienne en Irak : une « issue politique », qui implique la création d'un « gouvernement d'unité nationale » entre toutes les factions bourgeoises. Selon Obama, « La seule solution durable est une réconciliation entre les communautés irakiennes et les forces irakiennes les plus fortes. » Et selon le vice-président Joe Biden, il faut « souligner l'importance de la formation d'un nouveau gouvernement ».
   En ce sens, l'impérialisme a également déplacé ses pions et a autorisé la nomination d'un nouveau Premier ministre, le Chiite Al Abadi, par le président, le Kurde Fouad Masum, malgré le refus initial de l'ancien mandataire Nuri Al Maliki de renoncer à la succession. Al Maliki a finalement cédé, sous la pression des Etats-Unis et de l'Iran, et il a accepté la renonciation et le soutien au nouveau Premier ministre, Al Abadi.
   « Des attaques limitées » et « un nouveau gouvernement d'unité nationale ». Jusqu'à présent, ce sont les initiatives de l'impérialisme, face à la progression de l'EI. Il faudra attendre le développement de la crise pour voir si Obama est obligé de s'impliquer davantage, y compris militairement.

Pas le moindre soutien politique à l'Etat islamique

Tout comme nous appelons à répondre dans la rue à cette nouvelle agression étasunienne, nous devons aussi préciser que cela ne signifie d'aucune façon une solidarité quelconque ou un soutien politique à l'Etat islamique, une organisation qui, comme nous l'avons expliqué à d'autres occasions,[1] n'a rien de progressiste.
   L'EI ne peut pas être comparé, par exemple, à la résistance populaire armée développée par le peuple irakien contre l'envahisseur étasunien entre 2003 et 2011.
   Il s'agit d'une organisation bourgeoise avec un programme dictatorial et théocratique extrêmement réactionnaire, qui a mis en œuvre, il y a un an et demi, un projet de conquête d'une certaine bande de territoire – comprenant des parties de la Syrie et de l'Irak – dans le seul but de contrôler les réserves de pétrole de ces pays et de faire des affaires, à la fois avec le régime d'Al-Assad et avec les compagnies pétrolières. Les bénéfices que l'EI pourrait alors engranger avec la vente de brut sont estimés à plus d'un million de dollars par jour. C'est bien cela l'objectif qui se cache derrière la proclamation récente du